Employé par la structure tennistique privée BATD (Belgian association for tennis development) et consultant à la télé, Michel Bouhoulle se trouvait à New York pour assister Niels Desein en qualifications. Le jeune Flamand éliminé, Bouhoulle croisa de vieilles connaissances, Yanina Wickmayer et son père Marc, qui lui proposèrent une pige de quelques jours à leurs côtés sur les courts new yorkais.

Un peu comme Chuck Berry lorsqu’il venait en Europe et engageait les musiciens qui se présentaient sur place, on a l’impression que la championne et son père vivent un peu le coaching au coup par coup, sans lui accorder trop d’importance. Depuis fin juillet, sur le circuit américain, il y avait eu Michiel Antheunis, de la fédération flamande, avec lequel le courant est apparemment bien passé, aujourd’hui, c’est l’entraîneur bruxellois qui prend le relais occasionnel, même si, secrètement, l’un et l’autre rêvent peut-être de plus.

«Je la voyais Top 10, et elle le deviendra»

«On s’est vus ici, pure coïncidence. J’ai accepté de l’aider, je resterai avec elle tant qu’elle sera dans le tournoi, pour l’instant cela ne va pas plus loin, confirme Michel Bouhoulle. Je les connais bien. Après Ann Devries chez les juniores, j’ai été son premier entraîneur quand elle est passée par le BATD. Cela a duré un an. Peu d’autres peuvent en dire autant depuis (sourire). Je suis cette fille depuis 2006, et sa victoire à Coxyde lors de son premier 10 000 dollars. Alors que d’autres trouvaient qu’elle ne savait pas jouer au tennis, j’ai appelé un de vos confrères pour lui dire que j’avais vu une future Top 10, et je suis convaincu qu’elle le deviendra, elle a déjà été 12e. Il y a plus d’un témoin, j’ai osé des paris à l’époque. J’étais sûrement le premier, et le seul, à trouver chez elle quelque chose de similaire à ce qu’il y avait chez Justine et chez Kim. Pas au niveau des compétences tennistiques, bien sûr, mais son mérite n’en est que plus grand.

Yanina a quelque chose d’unique. Un corps, un mental et une force de travail au dessus de la normale. Aucune fille, aucun homme ne s’engage avec une telle intensité au fitness, trois heures de tennis et une de physique par jour ne lui font pas peur. En trois ans, elle n’a guère changé, sauf qu’elle est plus forte. Elle a travaillé des coups qu’elle ne savait pas faire, intelligente, elle a picoré chez tous ses entraîneurs, il y a peut-être des choses innées, mais on peut presque tout développer. Et elle a un tempérament de guerrière, tactique ou pas tactique, elle peut tuer tout le monde, c’est une question d’état d’esprit. On peut la pousser, sa vie c’est le tennis, au plus c’est compliqué, au plus elle est là. Elle est dure, ne se met pas de limite, n’a peur de rien. J’étais convaincu qu’elle pouvait battre Justine en Australie en début d’année, je l’ai dit à son père qui ne me croyait pas, pourtant si elle y était parvenue qui aurait eu quelque chose à redire ? »

yanina.jpg«Je respecte leur fonctionnement»

Quand même, on peut se demander si Yanina et son père n’oeuvrent pas dans l’excès, tunnel vision, valse de coaches, trop de matches, trop de physique… «Si on raisonne de manière cohérente, on se pose la question. Surtout pour ambitionner le Top 5/ Top 10, je conseille plus de stabilité. Mais j’ai appris à respecter leur fonctionnement, et il est évident que ça marche. Il y a des gens qui vivent bien dans l’instabilité. Qui, à la limite, pensent qu’ils n’ont besoin de personne. Quand son père est là, Yanina se sent mieux. Et comme il est aussi fort dans la tête, à deux ils fonctionnent comme un bulldozer.»